Kery James transforme avec « R.A.P » un simple sigle en véritable profession de foi

Kery James – R.A.P

Kery James utilise « R.A.P » comme un faux morceau concept : derrière l’acronyme « Résistance, Amour, Poésie », le clip ressemble surtout à un cours magistral de rap où chaque lettre devient une arme différente pointée vers la France de 2026.​

Alphabet de combat

  • Kery transforme l’alphabet en arsenal : R comme résistant, rebelle, réel, rue ; A comme amour et authentique ; P comme poésie, plume et polémique, comme si chaque consonne devait prouver qu’elle mérite sa place dans le mot « rap ».​
  • L’exercice a quelque chose de scolaire mais volontaire : il pose presque un abécédaire du rap engagé, destiné autant aux jeunes auditeurs dans les classes qu’aux anciens qui ont connu ses premiers manifestes.​

Mise en scène d’un professeur de quartier

  • Visuellement, Kery tient le micro « comme un fusil », mais le cadre, les plans et son attitude renvoient autant au prof qu’au soldat : il parle à la caméra comme à une classe dissipée à qui il faut réexpliquer ce qu’est le rap.​
  • L’absence de gimmicks de gang, de signes ésotériques ou de codes « streetwear à la mode » rend le clip presque intemporel, comme s’il voulait pouvoir être étudié dans dix ans sans avoir pris une ride.​

Politique sans filtre

  • En glissant des piques à l’Élysée, aux « mensonges » du pouvoir, à Sarkozy, à la justice à deux vitesses (référence à l’affaire Palmade), il transforme le morceau en compte rendu d’audience populaire, où le verdict est rendu depuis les HLM.
  • La formule « je tiens le micro comme un fusil » n’est pas juste une punchline : tout le morceau fonctionne comme un tir longue portée, avec des balles faites de noms propres, de lieux et de réalités trop précises pour être neutres.​

Intime, mais sans pathos

  • Quand il décrit les HLM « où on se sait sans se dire je t’aime », ou les nuits sans lune et les midis sans soleil, il parle d’affects sans jamais tomber dans la plainte, comme si la tendresse devait rester pudique même en plein drame social.​
  • L’amour ici n’est pas romantique mais circulaire : amour pour les quartiers, pour les « petits frères » coincés dans les ruelles, pour ceux qui n’ont que le rap comme miroir, d’où ce choix de mêler résistance et poésie dans un même souffle.​

Un clip pensé comme trace

  • En rappelant qu’il existait « avant Skyrock » et qu’il n’est « pas leur piston », Kery inscrit « R.A.P » dans une continuité : le clip n’est pas juste promo d’album, c’est un jalon pour sa propre légende, une pièce à verser au dossier de sa carrière.​
  • Le morceau se termine presque comme une signature sur un tableau : « Résistance, amour et poésie. Je manie toujours le micro comme un fusil », comme s’il scellait officiellement sa fonction d’auteur plus que de simple rappeur.​