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Chilla ? Un coup de rap bien fort enveloppé dans une voix soyeuse. Par sa musique, l’artiste révèle une dualité entre rap et chanson efficace et dans l’ère du temps, car la rappeuse aborde des sujets d’actualité de manière incisive. Dans ce monde musical qui transpire parfois un peu trop la testostérone : Chilla prône le poing levé, avec à son actif un premier album bien musclé !

Mareva Rana naît le 27 avril 1994 à Genolier (Suisse) d’un père malgache et d’une mère française, travaillant tous deux dans l’éducation spécialisée. Celle qu’on connaît maintenant comme étant la rappeuse Chilla hérite de l’oreille musicale de son paternel, pianiste amateur. La petite fille grandit en écoutant du James Brown, du Henri Salvador et du Ray Charles par son père, du Franz Ferdinand, du Jacques Higelin et du Barbara par sa mère. Bercée par la musique, c’est tout naturellement qu’elle s’y met en apprenant le violon au Conservatoire d’Annecy dès l’âge de six ans. À dix ans, elle découvre la chaîne télé MTVbase, et regarde en boucle les clips d’artistes rap et hip hop tels que T-Pain, Diam’s et Youssoupha. Entretemps, Mareva arrête le violon et poursuit ses études au lycée Baudelaire d’Annecy. Malheureusement la vie s’assombrit pour la jeune fille : atteint d’un cancer du rein, son père décède alors qu’elle n’a que quatorze ans. Une perte qu’elle a du mal à encaisser jusqu’à réussir à l’exorciser dans son futur morceau : Chico. Cancre, elle finit par rater son Bac Littéraire, mais qu’importe : elle veut faire de la musique son métier.

En effet, l’adolescente se forme au Centre de Formation Professionnelle de la Musique de Lyon, mais l’école ne lui convient pas. Elle enchaîne avec une licence de lettres modernes, qu’elle lâche également pour finalement cumuler les petits jobs. C’est entre amis que Mareva écrit ses premiers textes, alors âgée de dix-sept ans. Prise au jeu des mots, elle fait ses premières scènes à Lyon et se rend compte que l’univers du rap lui plaît bien mieux que le monde de la musique qu’elle a connu auparavant. Se projetant au début en tant que violoniste, Mareva endosse finalement le nom de scène de Chilla et devient rappeuse. En 2015, elle est repérée par Bigflo & Oli qui la présentent en première partie de concerts. Ces derniers l’invitent également à participer à l’émission « Planète Rap », un an plus tard. Chilla se prête au jeu avec un freestyle largement remarqué par le producteur Tefa, qui décide de la signer. Ce contrat marque le début des premières parties de concerts de Féfé ou encore Fianso. Chilla a également l’occasion de faire une entrée fracassante au Zénith en 2016 lors de sa collaboration avec Kery James, avec sa Lettre au Président. En clin d’œil à au titre de son idole, Lettre à la République, la rappeuse exprime avec son franc-parler habituel un ras-le-bol général envers le président François Hollande.

Inspirée par le flow de Youssoupha, Sinik et de Kery James, Chilla s’influence également des chansons d’Amy Winehouse, de Lauryn Hill et de Billie Holliday pour délivrer une musique entre le rap et le chant, qu’elle manie tout deux avec grande aisance… sa voix est grave et légèrement enrouée, et sait communiquer ses émotions à travers un rap à la fois corrosif et mélodique. En opposition avec les attentes qu’on lui impose, aussi bien auprès de l’éducation maternelle que du monde de la musique, Chilla se retranche dans son côté « viril » et vulgaire », en dépit de sa féminité et de sa sensibilité. Par cet état d’esprit, l’artiste souhaite prouver au monde qu’elle ne réussit non pas en faisant les yeux doux, mais par la qualité de son travail. En effet, dans le milieu de la musique, on ne manque pas de dire à une femme artiste qu’elle perce par séduction, quand on ne se contente tout simplement pas de l’écarter de ce monde « d’hommes ». Et ça, Chilla le retranscrit plutôt bien dans son EP Karma, qu’elle sort le 10 novembre 2017 avec l’aide de son producteur Tefa. Rapidement, on définit l’artiste comme une « rappeuse féministe ». Chilla exprime ses ressentis dans une société alors en plein boum polémique de l’affaire Weinstein, qui mène aux mouvements #BalanceTonPorc et #MeToo. En tant que femme, Chilla se sent bien sûr concernée par ces problèmes sociétaux, aussi bien dans la musique que dans la vie en générale. Son titre Sale Chienne est une réponse à tous ces commentaires haineux que la rappeuse reçoit sous ses premières vidéos YouTube. Si J’étais un Homme invite les hommes à se mettre dans la peau des femmes, le temps d’un morceau, afin de voir ce qu’elles subissent quotidiennement. #BalanceTonPorc est un coup de poing face au sexisme qui régit dans l’industrie musicale et la société. Ces trois morceaux au rap conscient anti-machiste semblent sortir à point nommé face à toutes ces polémiques, pourtant Karma se veut plus égocentrique qu’il n’y paraît… une première tournée est faite pour présenter l’EP dans l’hexagone, et Chilla réalise fin septembre 2018 avec Youssoupha son single Premier Jour d’École.

Le 5 juillet 2019, son premier album Mun voit le jour chez le label Capitol (Universal). Composé d’une vingtaine de titres, l’opus est enregistré aux côtés de divers artistes (Fleetzy, Ben J, Matoo, sans oublier Youssoupha et Tefa) et se fait plus introspectif. Alors que Karma se voulait plus incisif par le biais d’un rap conscient, Mun est plus groovy et contient davantage de flow et d’émotions. Les pistes instrumentales sont également plus qualitatives, et le rap plus complexe, variant entre le trap et le R&B, mais aussi la pop et la soul… l’albumdémontre en effet une nette maturité musicale et personnelle comparé à l’EP, car Chilla y raconte sa transition d’adolescente à femme adulte. En témoigne le titre Mun (« Moon »), l’artiste s’identifie à La Lune, cet astre féminin qui dévoile plusieurs facettes en fonction de son cycle. La rappeuse montre qu’elle a finalement retrouvé sa féminité et qu’elle accepte ses failles et son hypersensibilité, tout en restant intransigeante et volontaire.  Mun agit comme la rétrospective thérapeutique dont Chilla avait bien besoin, afin de se mettre au clair sur elle-même et de se projeter sereinement dans l’avenir.

Bien entendu, qui dit « sortie d’album » dit « tournée », et Chilla parcourt une fois de plus la France pour présenter son œuvre. Le 2 juillet 2019, la rappeuse réalise une Release Party à la Maroquinerie. La même année, elle participe à la sixième édition d’Abbé Road, concert caritatif au profit de la Fondation Abbé Pierre. L’artiste passe également par Sète (Hérault) à l’occasion du festival de rap français Demi festival en août 2019, est programmée pour le Grand Mix de novembre dernier, et enchaîne avec un concert à la Gaîté Lyrique pour clore l’année 2019. Pour son prochain album, Chilla espère reprendre le violon pour l’intégrer dans ses compositions et sur scène : peut-être que le confinement lui aura donné le temps nécessaire à la reprise ! Mine de rien, après la fameuse Diam’s, Chilla pourrait bien ouvrir la voie à une nouvelle génération de rap féminin…

Alice NICOLAS

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