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Les œuvres anthropiques de Monkey Bird transforment les murs anonymes des villes en des murs communautaires, afin d’interpeller les passants pressés qui arpentent les rues… poétique, hybride, infiniment riche en détails : tel est le projet du duo bordelais !

Monkey Bird (Crew) est un projet de street art fondé par Louis Boidron et Edouard Egea. Louis est originaire de la banlieue parisienne, tandis qu’Edouard, pratiquant du graffiti depuis le lycée, vient de Tours. Leurs chemins se croisent alors en 2009, lorsque les deux étudiants se rencontrent en année préparatoire d’arts appliqués. Ces derniers deviennent amis, et connaissent tous deux pendant leurs études l’émergence croissante de l’art urbain. Ils décident de travailler en collaboration sur divers projets, s’essayant sur divers supports et avec différents médiums. Une fois les études finies, Edouard fraîchement diplômé en Design Produit et Louis en Graphisme, ils fusionnent leurs deux disciplines pour créer leur projet actuel… c’est ainsi qu’en 2011 à Bordeaux, Edouard et Louis (aka Temor et Blow the Bird – ou The Blow) forme le duo street art Monkey Bird (Crew), en fusionnant leurs signatures personnelles déjà existantes autour d’une recherche d’identité collective, à caractère essentiel, qui représente et soude chacun des membres du duo entre eux.

D’abord en autodidactes, les jeunes artistes sont proches des codes du graffiti et de la figuration libre. Peu à peu, le duo évolue vers l’illustration et le graphisme conceptuel, inspirés par les gravures de Gustave Doré pour les Fables de la Fontaine. Ils expérimentent des techniques de toute sorte, comme le pochoir, la bombe aérosol, le collage, la peinture voire le sticker, la gravure, la calligraphie et l’enluminure. Le duo s’essaye également sur plusieurs médiums : vieux meubles en bois, verre, métal, pierre, papier, murs… Les deux hommes aboutissent enfin à leur formule de création actuelle en 2013. Le duo fonctionne par étapes : Temor et The Blow préparent en amont un croquis de l’œuvre, en recherchant en parallèle les significations des divers symboles et références utilisées dans la composition. Une fois le dessin abouti, il est réalisé avec des feutres à pointe calibrée sur papier. Le dessin est ensuite agrandi à l’échelle souhaitée, et imprimé pour être découpé à la main. Le duo y ajoute des détails si besoin et en résulte un pochoir, monocouche pour creuser les volumes et créer une grande profondeur et de volume. Le pochoir est ensuite appliqué sur un mur déjà peint (de couleur noir, blanche…) et le duo passe ensuite le pochoir au spray. Parfois le pochoir est enlevé, parfois il est laissé, rendant confus la limite entre « l’outil » et « l’œuvre ». Potentiellement, des retouches et des finitions sont faites, ainsi que quelques ombrages. Les œuvres de Monkey Bird sont souvent colorés en noir et blanc, légèrement doré parfois, le noir représentant la matière et le blanc la lumière vaporeuse, le souffle de l’âme. Cette dualité du blanc et du noir amène à un équilibre harmonieux et plein de vitalité, vibrant par la finesse du trait. Monkey Bird, c’est donc un travail du tracé, de la profondeur, des détails mais aussi des contrastes de la texture et de la lumière, de par son effet dentelle…

Un travail digne des plus grands orfèvres, car en effet : les Monkey Birds se voient comme des artisans, et non des artistes ! En effet, comme vu précédemment, ils usent d’outils et de supports divers concrets, fonctionnels, pour un travail artistique à dimension abstraite. Ils s’impliquent donc dans un « artisanat d’art », par le biais du pochoir, de la gravure, de la scénographie et de l’édition. Ils se disent également artisans par cette finesse, cette qualité et cette précision qui s’inscrivent dans leurs créations. Quand on regarde l’œuvre de Monkey Bird, on a là toute une richesse picturale de la peinture et son caractère ornemental sur le mur, abouti par le travail du pochoir, qui retranscrit fidèlement une image travaillée en atelier, devenue œuvre murale in situ sans limite d’échelle et ce, entièrement fait main !

Un travail de longue haleine, qui fait écho à bien des références et des inspirations par rapport aux sujets représentés… en effet, le duo Monkey Bird s’influence de nombreuses périodes artistiques : les deux hommes sont tous deux fascinés par l’architecture gothique médiévale digne des cathédrales et de leurs ornements (arches, rosaces, vitraux…), des cimetières et de l’art calligraphique médiéval, leurs images nous rappelant les enluminures d’anciens manuscrits monastiques… L’art anthropomorphe de Temor et The Blow fait également référence aux gravures de Gustave Doré pour les fameuses Fables de la Fontaine (surtout pour l’esthétisme de l’œuvre et non pas pour sa morale), ainsi qu’aux estampes japonaises et illustrations fantastiques de la période « Arts & Crafts ». S’ajoute à ces influences cet intérêt marqué pour le travail monochrome en gravure, qui vient compléter cette source d’inspirations nous venant de diverses périodes de l’histoire de l’art et des chefs-d’œuvre du passé. Par ces ressources, le duo de street artistes tente de saisir l’essence symbolique des œuvres sacrées. Par ailleurs, les deux artistes aiment travailler dans des lieux saints pour apporter davantage de sens et de symboliques à leur œuvre. Les deux hommes apprécient également œuvrer au sein de ruines du 20ème siècle. Ces lieux, quasi spirituels et chargés d’absence, contiennent un profond sens symbolique… La mise en contexte d’une œuvre est en effet importante pour MonkeyBird, car elle est porteuse de sens, d’un message de relativisme face au passé et à l’évolution des Hommes. Aussi, par le biais des sujets composants leur œuvre, Temor et The Blow luttent contre les stéréotypes qui émanent des sociétés urbaines pressées, et laissent les idées et l’art libres d’évoluer au-delà du cadre restreint dans lequel nous vivons. Voyons maintenant ces personnages plus en détail…

Monkey Bird représente des animaux en liberté, au sein même des zones urbaines dans lesquelles ils sont normalement chassés. Temor s’incarne à travers le singe, ce mammifère terrestre, tandis que The Blow ou Blow The Bird se représente sous les traits d’un oiseau, ce volatile céleste. Un duo de poils et de plumes qui contraste comme se complète à travers leur richesse symbolique. Ces animaux « totems » sont choisis par rapport à l’intuition des artistes : Temor choisit le singe pour son côté sacré dans la culture orientale. C’est un animal habile, débrouillard, doté d’esprit et d’humour, et obsédé par le matériel. L’oiseau est en revanche omniprésent dans le langage mystique et poétique : c’est un symbole de liberté. Les deux animaux combinés amènent à la légèreté et à l’esthétisme. Les « Singeries Oisives » de Monkey Bird agit un peu comme un code binaire, où l’esprit et le corps se font face. Le singe et l’oiseau représentent l’être humain divisé, les pulsions matérielles et les fantasmes d’élévation de soi. L’œuvre de Monkey Bird est plutôt humaniste en soi : c’est toute une métaphore de l’homme dans sa dualité, en tant qu’animal social, balancé entre l’instinct et la conscience. Le terme « Singeries Oisives » fait référence aux « singeries », ces tableaux français du 18ème siècle qui mettent en scène des singes pour critiquer l’élite en contournant la censure. Il s’agit aussi d’un clin d’œil au terme « oisiveté », instrument de lutte contre la productivité déshumanisante valorisé par certains sociologues et les philosophes. Ces animaux sont mis en scène avec des objets manufacturés et des ornements architecturaux, fusionnant parfois la mécanique avec l’astronomie et la cosmologie, sciences propres à l’Homme en quête de sens. Les paysages et les architectures sont ici les témoins de la relation des Hommes avec l’environnement extérieur, avec les autres et le Temps. Ce pont entre les influences artistiques du passé et l’art du graffiti actuel fusionne également par son sujet l’Homme à la Nature, le gothique au futurisme, le moderne au baroque…

L’art de Monkey Bird est surtout visible dans les rues des villes françaises (Bordeaux, Paris Grenoble…) que dans les pays européens (Pays-Bas, Espagne, Italie, Autriche, Irlande…) et du monde, comme au Mexique et à New Delhi (Inde). Durant leur carrière artistique, Temor et The Blow collaborent avec des artistes comme Bene, Rouge ou encore Jeff Aerosol, et exposent auprès de Swoon, Shepard Fairey, Jonone et Banksy… Ils participent aussi à divers projets. En 2013, ils œuvrent aux côtés de Jeff Aérosol sur la façade du CHU de Bordeaux, à l’occasion d’un projet de sensibilisation des jeunes au cancer du sein par l’expression artistique portée par la fondation « Keep a Breast » et par le projet « Révolution Rose ». En mai 2013, Blow the Bird expose à l’Urban Café de Bordeaux : leur art peut en effet s’adapter aux institutions muséales et galeries par leurs œuvres d’atelier ! Un an après, les Monkey Bird s’emparent des Docs de la Cité de la Mode et du Design à Paris pour l’événement de la FIAC, et font en février 2014 le ravalement de façade du M.U.R de Bordeaux. Les deux artistes bordelais effectuent ensuite une œuvre en live à la galerie Écu de France à Viroflay (Yvelines) en avril 2014, à l’occasion de l’exposition de l’Art Urbain. En automne 2014, ils exposent pour l’événement « Expressions Urbaines » à l’Institut Culturel Bernard Magrez de Bordeaux, avec les artistes SpaceJunk. Un an après, les deux artistes sont conviés par la ville d’Évry-Courcouronnes à réaliser une quinzaine de fresques dans son centre ville. En juin 2016, les Monkey Bird réalisent l’immense fresque de 32 mètres de haut pour le Grenoble Street Art Festival, en collaboration avec l’artiste Saïd Dokins, rencontré lors d’un voyage au Mexique. Du 14 septembre au 3 novembre 2016, ils font leur première exposition personnelle à la Galerie Artsitik Rezo à Paris, intitulée Du Négatif de la Ruine. En octobre 2017, ils s’emparent du M.U.R d’Oberkampf à Paris pour leur fresque Singe en Bouteille. En mars 2018, ils créent une grande fresque murale sur les murs du campus de l’Université Paris X Nanterre (92), en collaboration avec le Louvre pour son opération « Sous le Street-Art, le Louvre ». L’œuvre marque également le cinquantenaire de Mai 68, et encourage les jeunes générations à entrer dans les musées. En juin 2019, ils participent à la deuxième session du Murs Murs Festival à Decazeville. Aujourd’hui, on peut trouver les œuvres de Monkey Bird éparpillées en France, au hasard des rues, mais il est également possible de retrouver le travail du duo bordelais au sein du Musée Art42 : alors n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil lors d’une visite !

Alice NICOLAS

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