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Banksy représente à lui seul la légende du street art, dans tous les sens du terme. Telle une légende urbaine, on ne connaît son existence propre, malgré son importante productivité artistique. Serait-ce une seule personne ? Un collectif ? Un grand nom de la musique ou un illustrateur reconnu ? L’artiste cultive en tout cas ce mystère, parcourant les quatre coins du monde pour y dépeindre une actualité à l’humour à la fois grinçant et alarmant, sans jamais dévoiler son identité…

Que dire des origines de cet artiste si énigmatique ? On le dit provenir de Bristol (Angleterre), il vivrait maintenant à Londres depuis les années 2000. Son enfance se fait mouvementée : il est expulsé de l’école, et fait de la prison pour des délits mineurs. Entretemps, il commence l’art à l’âge de 14 ans, et fait partie du collectif de graffeurs Bristol’s DryBreadZ Crew (DbZ). Il est très probablement influencé par la scène underground de Bristol et par ses relations entre artistes et musiciens (Bristol étant le berceau du trip hop avec Massive Attack). Actif depuis 1990, le jeune artiste réalise ses premières œuvres dans sa ville natale, et se fait progressivement connaître dans son milieu et par les médias de culture alternative.

Son art connu maintenant du monde entier consiste à un travail du pochoir, mais aussi du graffiti. Il sculpte et peint des œuvres in situ dans la rue, ainsi que des œuvres en atelier. Sa signature humoristique satirique, aussi bien dans ses images que dans ses slogans, dans lesquels se fondent bon nombre de messages politiques libertaires, antimilitaristes, anticapitalistes et antisystèmes. Son emblème est le rat : inclus dans ses œuvres, l’animal est une métaphore du street artiste qui pulule dans les rues la nuit, et qui est en marge de la société qui lui est méprisante. La petite vermine est aussi accompagnée de singes (état primaire humain), de policiers controversés ou détournés ou encore d’enfants insouciants dans un monde de chaos…

Banksy est reconnu pour frapper quand on ne s’y attend pas, et multiplie de ce fait de (très) nombreuses œuvres et actions à travers le monde. Toutes les énumérer reviendrait à en faire un livre, et non un article ! Néanmoins voici tout de même quelques des créations phares de l’artiste… Son premier événement artistique remonte à 1998 avec le festival de graffitis « Walls on Fire », organisé dans un quartier portuaire de Bristol. En février 2000, il expose l’ensemble de son œuvre au restaurant Severnshed de Bristol. Quatre ans après, il imprime de faux billets de dix livres et remplace l’effigie de la Reine d’Angleterre par celle de Lady Di, avec pour credo « Banksy of England » à la place de « Bank of England. Il parsème ses faux billets pendant le carnaval de Notting Hill, à Londres. Banksy continue le détournement en réalisant des contrefaçons de tableaux de Monet et de Van Gogh, et libère à l’occasion deux cents rats. La même année, fonde le projet Santa’s Ghettoen peignant ses fresques sur le mur de Bethléem et autour du camp d’Aida, en soutien aux Palestiniens. Son œuvre est rejointe par celles d’autres artistes, et le mur de séparation se transforme progressivement en une toile gigantesque !

En 2005, le street artiste britannique intègre aux musées du MoMA, du Met, du Brooklyn Museum, du musée américain d’histoire naturelle de New York, de la Tate Britain et du British Museum des œuvres factices pour tromper le regard du visiteur. Quand le faux artefact (un homme de cro-magnon en chasse avec un cadddie réalisé au fusain) est découvert à la British Museum, le musée inclut finalement l’œuvre dans sa collection permanente. Banksy adore en effet la dérision, et il s’en donne à cœur joie en 2006. Cette année-là, il pirate la sortie de 500 disques du premier album de Paris Hilton, après les avoir acheté en magasin. Il fait remixer le disque par Danger Mouse, et modifie la pochette et les photos des copies, qu’il remet discrètement en rayon de divers magasins britanniques. Entretemps, il renomme les chansons en Why am I Famous ? (« Pourquoi je suis célèbre ? » et What have I done ? (« Qu’ai-je fait ? »), et grime les photos de la pochette avec le slogan « 90% of success is just showing up » (« 90% du succès, c’est juste de se montrer »).

Banksy – Paris Hilton : https://youtu.be/IqQYVKSmugc

Au fur et à mesure de ses créations, ces dernières sont menacées d’être recouvertes, détruites, parfois le sont, voire volées. Des pétitions sont même faites pour éviter que les œuvres soient démolies. Durant l’été 2009, le musée de Bristol (Angleterre) dédie à l’artiste anonyme une importante exposition personnelle d’une centaine d’œuvres, qui accueille plus de 300 000 visiteurs en l’espace de douze semaines ! En parallèle du street art, Banksy réalise également des films. En 2010, expose son long-métrage Faites le mur ! (« Exit Through the Gift Shop ») au Festival du film de Sundance et à la Berlinale, pour lequel il est nominé Oscar du Meilleur film documentaire, en janvier 2011. La même année, alors que les émeutes frappent le Royaume-Uni, il diffuse  sur Channel 4 The Antics Roadshow, son documentaire sur la désobéissance civile. Il crée aussi des installations dans des camions à New York, au début d’octobre 2013. La prestation s’intitule Better Out Than In, et consiste à retaper à coups de street art des camions. Pour ce projet, il dévoile un stand éphémère en 2013 sur le trottoir de Central Park pour y vendre certaines de ses œuvres à 60$ la pièce : il aura en tout vendu sept œuvres pour 420$ au total, alors qu’une seule œuvre était estimée à 160 000$ !

Deux ans plus tard, il ouvre son propre parc d’attractions éphémère nommé Dismaland, à Weston-super-Mare. Loin d’être un éloge du célèbre parc de la petite souris américaine, Banksy parodie le parc Disneyland en créant des attractions en écho avec l’actualité politique et l’Histoire (la pollution, l’immigration, la mort de Lady Di…). L’exposition est gigantesque, et réunit une cinquantaine d’artistes jusqu’au 28 septembre 2015, date de fermeture du parc. Les attractions une fois démontées, tous les matériaux usés pour le parc sont envoyés à Calais pour servir à la construction d’abris pour réfugiés. Il revient à Calais pour y dépeindre des fresques à propos de la crise des migrants, illustrant notamment un Steve Jobs (fils d’un immigré syrien) portant un ordinateur dans la main, et un baluchon dans l’autre, et une parodie le fameux tableau du Radeau de la Méduse.

Dismaland : https://youtu.be/V2NG-MgHqEk

En mars 2017, Banksy frappe fort en réalisant le projet du Walled Off Hotel, un hôtel 3 étoiles avec vue sur le mur de séparation de Bethléem (le même mur grimé des œuvres de Banksy, quelques années plus tôt). Des œuvres, toujours aussi politiques, sont bien sûr exposées au sein de l’établissement. Tous les fonds sont destinés à des associations locales. Tout au long de l’année 2018, il réalise une série d’œuvres à Paris qui dénonce la politique du gouvernement français sur la question des migrants et le capitalisme. En juin 2018, il rend hommage aux victimes du Bataclan en réalisant un pochoir sur la porte de sortie de la salle de concerts. Cette dernière sera volée en 2019, et retrouvée seulement en juillet 2020 dans une ferme à proximité de Rome, en Italie.

En 2018, l’artiste et militant britannique donne un coup de pied dans la fourmilière du marché de l’art lorsqu’une de ses œuvres (une toile illustrée d’une petite fille laissant s’envoler un ballon rouge en forme de cœur) est vendue à la maison de vente Sotheby’s, à Londres. Alors que l’œuvre est adjugée à un million d’euros, un système caché dans le cadre se met à lacérer l’œuvre, la détruisant sur le coup. On ne sait si la machine a été déclenchée par Banksy lui-même (alors présent dans la salle de vente ?) ou par un de ses compères, mais l’action se veut claire : les capitalistes n’auront pas la toile de Banksy ! L’affaire n’a pas manqué à faire couler de l’encre auprès des médias… et des larmes pour le presque propriétaire de l’œuvre !

Plus récemment, en mai 2020, Banksy rend hommage au personnel soignant britannique en réalisant une toile dépeignant un petit garçon brandissant une poupée infirmière, tandis que Batman et Spiderman sont jetés dans une corbeille. Game Changer décore pendant un temps le couloir d’un hôpital de Southampton (au sud de l’Angleterre, pays frappé de plein fouet par l’épidémie). L’œuvre est ensuite exposée au grand public à la fin du confinement, puis vendue aux enchères pour que les fonds soient reversés au NHS, le système de santé britannique. Le 6 juin 2020, Banksy rend également hommage à George Floyd, victime de violences policières, en postant sur les réseaux sociaux deux toiles à la silhouette noire entourée de fleurs et de bougies. En juillet 2020, l’artiste encourage les Britanniques à porter le masque, en dépeignant dans divers endroits du métro londonien des rats encourageants masqués. Une drôle de réaction face au non-respect des règles anti-Covid, malencontreusement effacée par l’équipe technique du métro, ignorant l’importance du nom se cachant derrière ces petits rats tagués…

Avec le profil d’un tel artiste anonyme et sa célébrité qui découle de ses œuvres, les rumeurs vont bon train concernant l’identité de Banksy ! Dès 2017, des fans du groupe trip hop Massive Attack soupçonnent le co-fondateur Robert El Naja (aka « 3D ») de se cacher sous l’obscure capuche de l’icône du street art. En effet, les dates de réalisation des œuvres correspondent aux dates de tournée du groupe, et les deux hommes viennent de Bristol. De plus, une des pochettes d’albums de Massive Attack, Heligoland (en 2010), n’est pas sans rappeler la patte du mystérieux street artiste… Autre hypothèse : Jamie Hewlett, illustrateur britannique co-fondateur du fameux groupe virtuel Gorillaz. Ce dernier est très proche de Damon Albarn, qui est au centre du projet Blur pour lequel Banksy réalise la pochette du disque Think Tank du groupe britpop Blur, en 2003. Enfin, on pense également à Robin Gunningham, un graffeur de Bristol colocataire d’artistes dans lequel a travaillé Banksy. Lui aussi déménage en 2000 à Londres, et réalise bon nombre d’œuvres dans la capitale anglaise. Une étude est faite en 2016 pour comparer les dates de déplacements connus de Gunningham avec l’apparition des travaux de Banksy, et confirme que les dates sont similaires. Bref : plusieurs profils pour un même homme : mystère et boule de gomme !

Les œuvres de Banksy sont visibles dans le monde entier : ouvrez l’œil lors de vos voyages ! Sinon, l’exposition The World of Banksy à l’Espace Lafayette-Drouot à Paris présente l’artiste dans une expérience immersive unique. L’événement inédit est prolongé jusqu’au 31 décembre 2020, et est à voir absolument pour tous les aficionados de l’art urbain !

Pour participer à une visite, lien de la billetterie est ici : https://www.espace-lafayette-drouot.com/

Alice NICOLAS

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