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Dans le « Top Ten » des street artistes de sa génération, D*Face dépeint avec satyrisme une société américaine pour laquelle il se fascine comme il se rebute. Ami de Bansky et de Shepard Fairey (alias Obey), l’artiste expose aussi bien son art dans les rues que dans les galeries, mais aussi dans la vie de tous les jours…

Dean Stockton naît à Londres (Angleterre) en 1978, ville dans laquelle il vit et travaille toujours. Cet adolescent passionné de dessin et de culture skate découvre le street art par le biais de sa mère. Cette dernière lui offre en effet les revues Subway et SprayCan Art, des magazines spécialisés dans l’art du graffiti new-yorkais des années 70’s et 80’s. Très jeune, Dean est également fasciné par la culture américaine, à travers le fantasme de l’American Dream. Il fait ses études dans le design, et travaille un temps dans la pub et pour des magazines comme Thrasher.

Il finit par se lancer en freelance, et continue en parallèle son activité artistique dans la rue, en collant des stickers dans les rues londoniennes. Il diversifie progressivement son art en tant que graffeur, sculpteur et illustrateur. Il maîtrise aussi bien l’art mural que l’art du sticker et des posters ! Et ce, avec plusieurs méthodes : le pochoir, la peinture, la bombe aérosol… L’artiste s’est même essayé au graphisme de pochettes d’album, notamment pour l’opus Bionic de Christina Aiguilera, sorti en 2010. Son art commence à se répandre un peu partout dans le monde : Barcelone, New York, Tokyo, Miami ou encore Los Angeles… En 2008, D*Face enlève son masque de l’anonymat et révèle son nom au grand public : Dean Stockton. Ce dernier ne trouve cependant pas vraiment de pertinence à faire connaître sa vraie identité quand il s’agit de regarder ses œuvres, car son travail pare de lui-même ou bien est libre d’interprétation. L’art de D*Face s’inspire aussi bien de la culture skate, que par les premiers graffitis des métros new-yorkais que du Pop Art et de la campagne d’Obey de Shepard Fairey. Il définit son art comme étant de l’art « aPOPcalyptic », car il réinterprète l’art du Pop Art propre à Andy Wharhol pour son côté dénonciateur et dérisoire, que par le graphisme esthétique et lumineux de Roy Lichtenstein.

Comment reconnaît-on un D*Face ? Ses figures féminines et/ou masculines très expressives, souvent au physique de rêve (pour relever la superficialité de la mentalité américaine), souvent accompagnées d’un commentaire ou d’une pensée. Ses scènes semblent extraites d’un film hollywoodien, ou tirées d’une page de comics américain. D*Face use également beaucoup de l’iconographie de célébrités qu’il représente de manière trash (Marilyn Monroe, la Reine d’Angleterre, le Che Guevara…), mais tire aussi son art du graphisme d’album de musique punk-rock et des comics américains (ceux de Matt Baker, de Jack Kamen ou encore de John Romita). Par son humour satirique qui tourne en dérision la société américaine. Fasciné par l’American Way of Life, il en est tout autant dégoûté de par sa superficialité et ses excès.  D*Face montre du doigt le consumérisme et ce, de manière corrosive et sombre. De par son art second degré, il dénonce par ailleurs l’idolâtrie abusive de la société américaine envers les célébrités. Ses œuvres murales sont éloquentes par leur côté caricatural propre à l’artiste, et peut parfois se révéler choquantes par leurs messages parfois provocateurs. Son but ? « Encourager les gens à ne pas seulement voir, mais aussi regarder ce qui les entoure, repenser les stéréotypes de notre culture, ne pas rester passif devant le règne de la consommation ostentatoire » (D*Face).

Mais comme on a pu le voir auparavant : D*Face, ce n’est pas seulement un street artiste ! En effet, en 2005, il ouvre sa propre galerie d’art urbain à Londres : la Stolen Space Gallery, dans le quartier de Brick Lane. Il y expose à l’occasion l’œuvre de son grand ami Shepard Fairey, aka « Obey ». Néanmoins, il continue de créer en parallèle de son rôle de galeriste. En 2011, il a l’idée de repeindre un bassin de piscine entier avec des skateurs professionnels. Le concept ? Attacher sur les planches de skate des bombes de peinture équipées d’un système de déclenchement, qui répandraient des traînées de peintures lors de tricks effectués par les skateurs… un an après, D*Face dévoile sa sublime fresque Couple Popcalyptic, lors du Richmond Mural Project. En 2016, il réalise la fresque East London Rebels dans le quartier de Shoreditch de Londres, à l’occasion de l’ouverture de son premier shop, le Rebels Alliance. D*Face s’allie aussi avec son collègue Obey pour l’Urban Nation de Berlin, en réalisant une fresque combinant les deux styles des artistes sur le mur d’un immeuble rue Bülowstrasse, en 2017.

La même année, le street artiste britannique débarque à Paris à l’occasion de son exposition « Fornever » à la Galerie Itinerrance (dans Paris 13ème). Il réalise également sa fresque Love Won’t Tear Us Apart pour le Projet Street Art 13. Travaillant en fonction de l’environnement qui l’entoure, D*Face dépeint ici une étreinte amoureuse dans la ville de l’amour qu’est Paris. Dans cette fresque, nous pouvons clairement voir le décalage entre cette vision de l’amour un brin désenchanté et les visuels très pop. En avril 2018, D*Face revient sur Paris pour créer sa seconde fresque Turncoat, qui représente une toile haute de 25m de haut sur 15m de large, visible depuis le métro parisien. En bref : vous avez deux œuvres de l’artiste britannique à admirer depuis la capitale française, sur le même parcours d’art urbain du 13ème ! Quand bien même un tour du monde pour aller voir l’intégralité de son œuvre représente une certaine somme, vous pouvez toujours lire son récit autobiographique The Art of D*Face, qu’il publie en 2019. Vous pouvez également faire un tour sur son site pour obtenir de magnifiques stickers !

Alice NICOLAS

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