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NTM a trente ans. Son histoire a modelé l’image du rap français, a posé les bases d’une esthétique propre à la banlieue parisienne, a défrayé la chronique et côtoyé la justice plus souvent qu’à son tour. Par ce groupe, ses créateurs sont devenus des stars, ensemble et séparément, sans jamais lisser leurs images. Ils racontent aujourd’hui leur histoire dans un livre intitulé “Suprême NTM”.

Il y a Bruno Lopes, le pragmatique, et Didier Morville, le flegmatique. Pour le journaliste Olivier Cachin* qui a retranscrit les entretiens qu’il a longuement menés –sur six mois- avec l’un et l’autre, il y a celui qui est toujours à l’heure, relit sans censurer, mais sans laisser traîner non plus la moindre imprécision, et celui qui oublie ses rendez-vous, les change à la dernière minute, ne relit rien, “parce qu’il fait confiance”.

Face au “pouvoir”

Parmi les légendes de la scène musicale des années 90, il y a surtout Kool Shen et Joey Starr, “deux personnalités que tout oppose, explique le journaliste, mais que tout rassemble sur scène”. Le résultat de ces échanges est la première autobiographie du groupe NTM, où comme à leur habitude, deux voix alternent pour raconter une histoire commune.

Olivier Cachin les a rencontrés il y a 30 ans –ça ne rajeunit personne- lors du tournage de leur premier clip. François Bergeron ce jour-là devait filmer sur la chanson Je rappe, mais au dernier moment NTM choisit un autre morceau beaucoup plus fort, Le pouvoir, qui n’est pas encore terminé.

“Une bonne partie a été filmée depuis une jeep, se souvient Olivier Cachin, François était debout et la voiture est passée sous un pont, il s’est baissé au dernier moment. À l’époque, ça nous a bien fait marrer, mais quand j’y repense, j’en ai encore froid dans le dos, il aurait pu finir décapité.”

NTM – Le pouvoir

Une histoire écrite au jour le jour

Le livre, on s’en doute, est riche d’aventures en tout genre, et raconte comment un petit groupe de graffeurs, fasciné par la culture urbaine new-yorkaise, traîne au Trocadéro et regarde vers le hip hop américain qui commence à s’exporter. Ils veulent danser et mettre en mots leur constat du monde, dans une époque où les frontières tombent, notamment à l’Est. Loin de croire à “la fin de l’Histoire”, ils écrivent la leur, intimement convaincus qu’ils vont tout emporter.

Si leur parole est politique, leur mode de vie n’est pas vraiment dicté par l’hygiène austère de la militance. Bien sûr, il y a la drogue, le sexe facile, les larcins en tout genre, mais aussi une époustouflante facilité à ouvrir des portes, et derrière elles des mondes, à quelques stations de RER –autrement dit des années-lumière- de la banlieue où ils ont grandi.

Ils entrent chez Paco Rabanne, sont invités sur la radio parisienne Nova, produits par Sony, explorent l’Italie et s’aventurent outre-Atlantique, sans d’autres plans que de saisir les opportunités du jour. C’est l’époque où Joeystarr répond à Michel Denisot qui l’interviewe pour la première fois, deux retentissants “Nique ta mère”, juste parce qu’il ne sait absolument pas ce qu’il est censé dire.

Encore là

Avec eux et quelques autres, le “9-3” fait une entrée fracassante dans l’imaginaire musical, poétique et bientôt cinématographique d’un pays qui se complaît dans ses souvenirs glorieux. Alors qu’on célèbre le bicentenaire de la Révolution, NTM est l’image même d’une autre France, pour qui la révolte se conjugue au présent.

Trente ans après, une bonne partie du rap français a fait de sa subversion originelle une machine à buzz et à cash. Eux-mêmes ont connu de mauvaises passes et quelques moments qui ont terni leur image. “Quand on est en perpétuelle construction, la perfection ne fait pas partie du champ de lecture du monde” avoue Joeystarr.

Supreme NTM

Mais ses derniers mots vont à son travail en cours autour d’Elephant Man. Sur scène, il retrouve Béatrice Dalle, son double féminin. Après Éloquence à l’assemblée, l’(ex-)rappeur creuse sa trace et prend en épaisseur.

C’est à Kool Shen cependant qu’Olivier Cachin offre la conclusion du livre. Elle dit bien plus que la nostalgie d’un âge d’or : “On a fait un groupe qui s’appelle ‘Nick ta mère’. On n’avait pas les codes. On ne connaissait rien au business. Et pourtant, on est encore là.”

Joeystarr, Kool Shen (avec Olivier Cachin) Supreme NTM (Michel Lafon) 2019
 

*Olivier Cachin est un collaborateur de RFI Musique Par : Olivier Favier

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