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Né des danses subculturelles filmées et diffusées de manière virale sur Internet, le collectif artistique parisien (La)Horde fait entrer tous les genres chorégraphiques underground dans les institutions académiques de la danse…

À l’origine de la meute, trois personnes. Marine Brutti et John Debrouwer sont issus des arts décoratifs, tandis qu’Arthur Harel vient de la danse et de la chorégraphie. En 2013, les trois jeunes gens forment le collectif (La)Horde, inspirés par les vidéos de danses virales sur Internet. Ensemble, ils créent le concept de la « danse post-Internet ».

D’où vient donc ce concept, plus précisément ? La « danse post-Internet » tire son origine de la « danse Internet ». Il s’agit d’une pratique qui existe dès les années 2000, qui s’influence elle-même de la danse de club. On peut notamment penser au jumpstyle, cette danse amateur basée sur le saut qui apparaît dans le milieu techno hardcore, dans l’Europe du Nord des années 90’s. Ceux qui pratiquent la danse Internet sont majoritairement des jeunes autodidactes, qui se filment d’abord en train de danser dans leur chambre ou dans des milieux urbains, pour ensuite diffuser la vidéo sur le web. Par le principe du offline-online, ce qui était de l’ordre de l’intime (danser dans sa chambre) est rendu visible au public. La danse Internet démontre également que la danse n’a plus forcément besoin de professeurs, étant donné que beaucoup de danseurs se forment par eux-mêmes, par le biais de tutoriels… L’initiateur du mouvement chorégraphique du jumpstyle, Patick Jumpen, a énormément usé de ce concept-là pour faire découvrir son fameux pas de danse… ce dernier va par ailleurs beaucoup inspirer le collectif (La)Horde.

Toujours en alerte sur les nouvelles tendances chorégraphiques donc, le collectif place la danse et le corps en mouvement au cœur de leurs œuvres. Le projet se veut pluridisciplinaire, maîtrisant aussi bien la danse que la performance, les installations, la vidéo et les nouveaux médias, mêlant l’art vivant à l’art contemporain. Avec divers médiums, ils développent des scénarii et des fictions qui tirent leurs inspirations dans des problématiques contemporaines, et s’étendent sur plusieurs espaces de narration. Les trois artistes se lient pour cela avec des communautés marginales de la culture populaire, dans un but solidaire et artistique : qu’il s’agisse de septuagénaires, de non-voyants, de fumeurs ou encore d’adolescents… (La)Horde préfère l’interrelation et la coopération à la hiérarchie et l’appropriation culturelle. Par la rencontre de ces différentes communautés online, ils s’interrogent sur les origines et les relations entre les subcultures devenant culture populaire le temps d’un buzz (le jumpstyle, le dab, le harlem shake…). Le groupe crée des univers instables, ainsi que des fictions hypnotiques qui défient les spectateurs dans leur expérience d’appréhension de l’œuvre…

Le collectif (La)Horde est repéré lors de leur spectacle Void Island, au Festival Faits d’Hivers, en janvier 2014. Commandé par la Maison des Pratiques Artistiques, le spectacle fait appel à vingt interprètes seniors, pour s’interroger autour de la notion foucaldienne de l’hétérotopie. En 2015, les trois membres du groupe se font encore remarquer par leur premier court-métrage Novaciéries. Le film chorégraphique aborde ici l’association des mouvements des corps et des machines dans une ancienne usine de Saint-Étienne. La même année, (La)Horde présente son spectacle Avant les Gens Mouraient, crée avec les étudiants de l’école de danse contemporaine de Montréal, qui découvrent alors le jumpstyle. En 2016, le collectif est en tournée pour son spectacle Night Owl, qui réunit cinq interprètes mal ou non voyants, masqués par un semblant de casque de réalité virtuelle en mousse, faisant semblant de regarder de la réalité virtuelle. Le but ? Frustrer et induire en erreur le public en lui faisant croire que les interprètes avaient accès à une réalité que lui ne pouvait pas voir. Un an après, (La)Horde connaît son petit succès avec sa pièce documentaire To Da Bone, réalisée avec une quinzaine de jeunes danseurs de jumpstyle, à la Biennale de Charleroi/Danses, au Gymnase de Roubaix et au Théâtre de la Ville à Paris. Dans ce spectacle, le collectif met en scène la révolte intime de la jeunesse et s’interroge sur le rôle des réseaux sociaux dans la danse. En 2018, (La)Horde collabore avec la chanteuse et performeuse Christine & the Queen en prenant la direction artistique de ses concerts pour la tournée du dernier album Damn, Dis-Moi.

Enfin, l’année 2019 s’annonce riche en projets pour le collectif. En été 2019, (La)Horde crée le spectacle Marry Me in Bassiani à Hambourg, avec le ballet Iveroni. Le show revisite les danses folkloriques géorgiennes, effectuées lors des mariages, avec les danses de club, en clin d’œil au club Bassiani. En effet, ce même club, qui se revendique LGBTQ, a connu un important raid de l’armée géorgienne, provoquant alors une contestation de la jeunesse par la danse devant le Parlement, prônant la liberté du corps et de la musique. Marry Me in Bassiani aborde le rapport complexe et profond, parfois politique et contestataire, du peuple géorgien envers la danse. En résulte de cette pièce un échange intergénérationnel et culturel, où traditionnel et underground sont mêlés… Courant 2019, (La)Horde est invitée au Théâtre du Châtelet à Paris à collaborer avec Rone, figure emblématique de la scène électronique française, pour leur pièce Room with a View. Le spectacle, politique, célèbre la nuit, la transe et la danse comme actes de résistance de la jeunesse face à l’urgence climatique et un futur qui s’effondre… une pièce qui prône la beauté paradoxale du chaos, mais aussi la diversité par son lot de danseurs de toute origine et morphologie, qui se jouait alors jusqu’au 14 mars 2020. Entretemps, le collectif prend notamment la direction du Ballet National de Marseille (CNN), le 2 septembre dernier. Le projet s’oriente alors vers la jeunesse et le numérique.

Cette année, (La)Horde participe au Festival Après, Demain, le premier festival en ligne du Théâtre du Châtelet du 2 au 12 juillet 2020. À l’occasion, le collectif dévoile en exclusivité leur clip Room With a View. Actuellement en résidence au centre culturel de la Gaîté Lyrique, (La)Horde y a développé une plateforme de rencontres web intitulée Danses Post-Internet (https://gaite-lyrique.net/evenement/danses-post-internet-1), qui interroge sur divers sujets : l’accessibilité à de nouvelles pratiques, l’abolition des frontières, le tutoriel, le lien avec les danses traditionnelles ou folkloriques, la question du droit d’auteur voire l’appropriation culturelle. (La)Horde développe en parallèle son cycle Hauts les Pieds !, une école de danses post-Internet qui initie les amateurs de danses innovantes à ce renouveau chorégraphique tout droit venu de la culture web, des réseaux et des clubs…

Alice NICOLAS

TO DA BONE - (LA)HORDE
(LA)HORDE – TO DA BONE

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